Second Life: La fin d'une époque ou le début d'un nouveau Web ?
La plupart d'entre vous doit connaître Second Life, le métavers de Linden Labs (oui, je sais, c'est sûrement la première fois que vous lisez le mot "métavers". Pour faire simple, ça désigne juste un univers virtuel en 3D. Mais ca sonne vraiment bien non?).J'ai personellement toujours un peu douté du réel potentiel de Second Life. Pas dans sa capacité à attirer des visiteurs et génerer du "buzz", mais plutôt dans sa capacité réelle à changer notre conception de l'Internet d'une part, et d'autre part dans son intêrét afin de créer des opportunités de commerce pour les grandes marques de la "vraie vie".
Cependant, quand on voit que de grandes entreprises comme IBM ou Google ont investit plusieurs millions d'euros pour obtenir une présence sous Second Life, on se dit qu'on a manqué quelque chose...
Mais l'actualité récente, avec le départ du CEO de Linden Labs, et de nombreux billets d'acteurs de la blogosphère, laisse à penser que je ne suis pas le seul à penser ça.
Parmi les principales critiques concernant le business model de Second Life, on retrouve entre autres chez Fred Cavazza toute la problématique liée à la prise en main du métavers. Et c'est à mon sens un des problèmes principaux de Second Life. Il y a une grande différence entre ce que le commun des mortels peut attendre d'une "représentation en 3D de l'Internet" et Second Life. Et cette différence se compte en minutes passées à créer son compte, télécharger en installer le logiciel client, personnaliser son avatar, prendre le logiciel en main, etc. Fred Cavazza estime ce temps d'accès initial à environ 40 minutes. Ce qui, pour un site Internet, ou une quelconque application du web 2.0 est long. Très long. Trop long peut-être.
Toujours d'un point de vue technologique, on notera que le rôle de pionnier de Linden Labs dans le développement de métavers grand public semble s'être retourné contre lui. Les bugs à répetition et la piètre qualité de la 3D, surtout en comparaison avec ce que ses compétiteurs directs peuvent offrir, ont directement affecté le succès grand public de Second Life. D'ailleurs, quand on voit des métavers comme Habbo Hotel, qui sont accessibles en ligne en quelques clics, on est en droit de se demander si toute cette 3D est réellement nécessaire... Une autre limite technologique au dévellopement de Second Life est peut être la création de nouveaux objets, qui peut être extremement complexe et déroutante pour l'utilisateur novice (et avancé d'ailleurs). Création d'objets qui est d'ailleurs un élément essentiel du business model de Second Life, puisque ces objets doivent ensuite être vendus, afin de créer des flux monétaires en Linden dollars.
Un autre aspect intéressant est la façon dont le logiciel s'est développé et a été connu du grand public. En effet, Second Life a pendant longtemps été la cible d'un "buzz" marqué de la part de tous les médias. Mais comme l'observait le SL Business Review, le bruit autour de Second Life semble s'être considérablement réduit, et l'attention du grand public et des médias s'est logiquement reportée vers un autre sujet (en l'occurrence Facebook).
C'est pour toutes ces raisons (et quelques autres d'ailleurs), que le Times a classé Second Life parmi les 5 pires sites Internet du Web . Sans aller aussi loin, je pense que ce qui fait l'intérêt de Second Life, c'est son concept. Et que la représentation d'un métavers par l'interface de Second Life ne satisfait pas les demandes du plus grand nombre d'utilisateurs. En d'autres termes, bien que l'idée d'un métavers soit séduisante, les barrières actuelles à son utilisation (basique et avancée) sont trop grandes pour que le modèle fonctionne encore longtemps.
En reprenant la Hype Cycle de Gartner, on peut considérer sans prendre trop de risques que Second Life se trouve actuellement dans une phase de désillusion, où les innovations quittent le devant de la scène car elles n'arrivent pas à atteindre les exigences du plus grand nombre. La question qui se pose maintenant pour Second Life est de savoir si, grâce à un travail de fond sur leur plateforme, Linden Labs est capable de sortir de cette phase pour atteindre la phase d'éclaircissement, synonyme de stabilité future, ou si le projet est par définition trop limité par ses aspects pionniers. Auquel cas on assisterait à la naissance du Netscape du Web 3D.